Prospective : boucle fermée, une révolution sous conditions


Tout en saluant les progrès offerts par l’insulinothérapie en boucle fermée, le Président de la Société francophone du diabète, Charles Thivolet, appelle néanmoins à la vigilance, en particulier sur l’écosystème à créer autour de ces outils technologiques.

En quelques années, la prise en charge des patients atteints de diabète, en particulier le diabète de type 1 traité par insuline, a radicalement changé. Sous l’impulsion des innovations technologiques et numériques, de nouvelles solutions émergent. Combinant des pompes à insuline, des systèmes de mesure automatisés et en continu de la glycémie, des applis de pilotage accessibles sur Smartphone et des algorithmes permettant d’analyser finement le profil individuel de chaque patient, ces équipements esquissent l’espoir d’un « pancréas artificiel ». Même si le chemin reste encore long avant que ce concept soit définitivement « en vie réelle  », des étapes décisives viennent d’être franchies. Le premier dispositif dit « de boucle fermée hybride » (il calcule en permanence et de façon automatique la quantité d’insuline nécessaire à l’organisme, mais le patient doit encore intervenir pour indiquer le nombre de glucides ingérés au moment des repas) a ainsi obtenu en septembre le remboursement par l’Assurance-Maladie. Avec une indication restreinte, pour le moment, aux patients DT1 adultes dont la glycémie est insuffisamment contrôlée (HbA1C > 8 %).

Confirmer les preuves

La voie est ouverte, et d’autres dispositifs devraient prochainement entrer sur le marché. Une avancée considérable, donc, qui offre de réelles perspectives dans la prévention des risques de complications liées au diabète, mais qui appelle cependant à quelques points de vigilance. « L’insulinothérapie en boucle fermée offre aujourd’hui des preuves d’efficacité et de sécurité suffisantes pour justifier une prise en charge par l’Assurance-Maladie », estime le Pr Charles Thivolet, président de la Société francophone du diabète (SFD). Cependant, ce déploiement doit être progressif, car il faudra disposer de preuves d’efficacité cliniques à moyen et long termes, en matière de contrôle durable de la glycémie, du temps moyen resté dans la cible d’équilibre fixé par l’équipe médicale, ainsi que de bon usage par le patient. »

Des centres destinés au télésuivi

Pour la SFD, ces technologies appellent à une réorganisation majeure du parcours de soins. Il faut d’abord investir dans l’éducation thérapeutique du patient, de son entourage et des professionnels de santé de proximité. « Il est essentiel, notamment, de bien accompagner la phase d’appropriation du dispositif, de vérifier que le patient comprend son fonctionnement et qu’il connaît la conduite à tenir en cas de défaillance technique », précise Charles Thivolet. Autre nécessité : veiller à ce que l’« extériorisation du diabète » à travers les dispositifs n’altère pas la qualité de vie. Il faut accompagner le lâcher-prise et laisser travailler l’algorithme sans diminuer l’implication du patient, qui doit encore intervenir pour renseigner ses repas ou la pratique d’une activité physique.

Par ailleurs, le déploiement de ces solutions doit se faire dans le respect du consentement du patient, certains pouvant préférer conserver leurs habitudes de traitement ou s’estimer incapables d’utiliser ce type d’outils technologiques. « Les critères de satisfaction des patients devront être également systématiquement recueillis et analysés, de même que le niveau de confiance, car ce sont des éléments clés pour s’assurer de l’adhésion au traitement », poursuit-il.

Enfin, des investissements devront être envisagés pour créer de nouveaux centres destinés à la télésurveillance du diabète. « La télésurveillance représente potentiellement un facteur supplémentaire d’efficience dans le cadre du diabète de type 1, à la condition que les plateformes de suivi soient organisées pour en tirer tous les bénéfices  », conclut le Pr Charles Thivolet.

Stéphane Corenc

Insuline : cent ans de progrès

C’était il y a cent ans. En 1921, deux médecins canadiens mettaient au point, à Toronto, la première formule d’insuline injectable à l’homme. Trente ans plus tôt, des chercheurs avaient identifié le rôle clé de cette hormone produite par le pancréas et qui sert à réguler le taux de sucre dans le sang. Dès 1922, un adolescent de 14 ans, sur le point de mourir, recevait les premières injections qui lui ont sauvé la vie. La fabuleuse saga industrielle de cette solution thérapeutique commence avec cette belle histoire. Depuis, plusieurs laboratoires pharmaceutiques n’ont cessé de travailler sur l’amélioration de l’insuline, pour la purifier et accroître sa durée d’action. Fabriquée à l’origine à partir de pancréas de bœuf et de porc, elle est remplacée dans les années 1970 par de l’insuline humaine, puis des formules de synthèse, réalisées par génie génétique, avec la possibilité de reproduire de plus en plus précisément les effets de l’insuline produite par l’organisme. Un siècle plus tard, les progrès restent d’actualité. La prochaine génération porte sur des insulines à longue durée d’action, avec injection hebdomadaire. Et les chercheurs travaillent également, à moyen terme, sur la conception d’insulines dites « intelligentes », capables d’identifier les besoins de l’organisme en termes d’équilibre glycémique et de s’y adapter.

Article extrait du dossier Grand Angle spécial Diabète réalisé par CommEdition, parution dans Le Monde daté du 14 novembre 2021.

Photo : © SFD / DR

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