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Innovation Santé

Antoine Tesnière : « PariSanté Campus va concourir au rayonnement de la France à l’international »

Antoine Tesnière : « PariSanté Campus va concourir au rayonnement de la France à l’international »

PariSanté Campus ouvre ses portes à Issy-les-Moulineaux, en préfiguration du futur site prévu dans l’ancien hôpital militaire du Val-de-Grâce, en travaux. Antoine Tesnière, professeur de médecine et ancien vice-président de l’Université de Paris, en est le directeur.

Centre de recherche de 15 000 m² subventionné à hauteur de 45 millions d’euros par France Relance, PariSanté Campus est inauguré ce mardi en présence de cinq ministres, dont le premier d’entre eux, Jean Castex. En quoi consiste ce projet ?

L’Inserm, l’université Paris sciences & lettres, Inria [Institut spécialisé en sciences et technologies du numérique, N.D.L.R.], l’Agence du numérique en santé, et le Health data hub [nouvelle plateforme nationale de partage de données, N.D.L.R.] sont les cinq membres fondateurs publics. Quatre instituts de recherche spécialisés dans la modélisation génétique et génomique, l’imagerie, les enjeux socio-économiques les ont rejoints.Fdass

Enfin, et c’est là tout l’intérêt du projet, une cinquantaine de start-up et entreprises sont parties prenantes. Le campus met à leur disposition locaux, compétences, expertises et bases de données afin de les aider à se développer. Nous proposons également une offre de formation initiale (licence, master, doctorat) et continue dans les sciences du vivant, la santé, les données et l’intelligence artificielle.

Nous avons lancé un premier appel à candidatures en septembre, désormais clos. Nous allons dévoiler ce mardi le nom des lauréats. C’est le cas de Doctolib, Sanofi et Dassault Systèmes. Nous continuons à recevoir deux à trois requêtes par semaine. Le deuxième appel à projets sera ouvert en février. Une vingtaine de places supplémentaires sont en jeu.

Comment ont été choisies les entreprises et start-up locataires du campus ?

Le comité de sélection a tranché selon des critères classiques : constitution d’un modèle d’affaires solide, vision, équipes finalisées, capacité à lever des fonds, impact attendu pour le développement des produits et services. La capacité de l’entreprise à interagir avec les autres acteurs du centre de recherche, à créer des synergies, à être moteur d’initiatives innovantes a aussi été prise en compte. Nous avons d’ailleurs retrouvé dans bon nombre de candidatures l’expression spontanée d’une envie de collaboration, d’interdisciplinarité. En rapprochant tout l’écosystème de la santé numérique sur un même lieu, PariSanté Campus facilite pour les start-up et entreprises l’accès à des interlocuteurs et institutions connus d’eux mais difficile d’approche.

« Nous ne sommes pas en concurrence avec les pôles de compétitivité, dont les compétences sont régionales. Au contraire »

N’est-ce pas ce que proposent depuis quinze ans les pôles de compétitivité comme LyonBiopôle, Medicen ou Eurobiomed ?

Nous ne sommes pas en concurrence avec les pôles de compétitivité, dont les compétences sont régionales. Au contraire, l’objectif est de travailler avec eux pour enrichir une vision nationale et internationale de la recherche en santé numérique.

Les chercheurs en santé reprochent assez à la France le manque de moyens et le trop-plein normatif qui les fait fuir à l’étranger. Qu’avez-vous de mieux à leur offrir ?

En décembre 2020, Emmanuel Macron a annoncé le lancement de PariSanté Campus. Un an plus tard, la machine est enclenchée. C’est bien là le premier indice que, si nous le voulons, nous pouvons aller vite et loin, et tordre le cou à l’idée bien implantée d’une recherche française minée par le tout-bureaucratique.

Nous voulons créer des synergies en interne mais aussi dépasser les murs du campus, donner de la visibilité aux talents français. La concentration sur un même site d’acteurs publics, privés et académiques va concourir au rayonnement de la France à l’international, à ce dépassement, à la valorisation de projets et à la création d’entreprises et d’emplois. C’est la construction d’une véritable filière de la santé numérique qui est à l’œuvre.

Concernant les moyens, le gouvernement consacre trois milliards d’euros à la santé numérique [via le Ségur de la santé, le plan France Relance et le programme d’investissements d’avenir, N.D.L.R.]. Cet investissement financier et politique doit faire évoluer la régulation du secteur et accompagner intelligemment les acteurs. Nous avions l’habitude de subventionner 25 projets chacun menés par un ou deux opérateurs. Nous allons jouer la carte de la complémentarité et financer un ou deux projets menés par une multitude d’acteurs. C’est la philosophie inverse du saupoudrage financier que la recherche subit depuis des années.

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