Le chômage «nuit à la santé»: des associations sonnent l’alerte

Elles s’appuient sur une étude à laquelle ont répondu 977 personnes privées d’emploi.

Comme le chômage «nuit à la santé», il est urgent de davantage se soucier de la santé des chômeurs, alertent mardi quatre associations de soutien aux personnes privées d’emploi, en dévoilant une étude sur le sujet.

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Mieux informer sur les droits en matière de santé au moment de la rupture du contrat de travail; prévoir des visites médicales périodiques pendant la recherche d’emploi; rendre gratuit l’accès à un service d’aide psychologique et aux produits d’hygiène de base; rendre plus simple l’accès à la complémentaire santé solidaire; et de façon générale renforcer l’écoute sur les questions de santé lors de l’accompagnement à l’emploi.

Telles sont les recommandations faites conjointement par Solidarités nouvelles face au chômage (SNC), Territoires zéro chômeur de longue durée (émanation d’ATD Quart Monde), Force Femmes et La Cravate solidaire. «La médecine du travail ne suffit plus, il faut une médecine du chômage», résumait il y a plus de quinze ans le spécialiste des risques psychosociaux, Michel Debout. Mais «depuis on n’a guère avancé, la santé des chercheurs d’emploi reste insuffisamment considérée», déplore auprès de l’AFP Yaëlle Szwarcensztein, de SNC.

Les associations s’appuient sur une étude à laquelle ont répondu 977 personnes privées d’emploi: «plus de 38% évoquent une dégradation de leur état de santé» depuis le chômage, et parmi ces dernières «près de 60% estiment que cette dégradation est due au chômage». «En plus d’être fragilisées socialement et financièrement», ajoute l’étude, «les personnes qui subissent le chômage voient leur état de santé se dégrader à mesure que le chômage se prolonge».

«Honte et isolement»

L’échantillon n’est pas représentatif puisque 80% des répondants sont des femmes, dont de nombreuses cadres supérieures, et 54% vivent dans un foyer dont le revenu moyen dépasse 1.400 euros par mois, pour 20% avec moins de 800 euros. Pour autant, l’enquête est riche d’enseignements. Comme un reflet de la pauvreté, 22% des répondants disent avoir renoncé à des soins pour raisons financières au cours des six derniers mois. «Avancer la somme d’argent nécessaire pour couvrir les frais médicaux, même s’ils sont ensuite remboursés, est pour eux impossible».

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Et le chômage nuit en particulier à la santé psychique, souligne l’étude. Avant d’y être, 18,5% des répondants se sentaient déprimés, «c’est 41,9% depuis qu’ils ont perdu leur emploi». 69% disent avoir «une moins bonne image» d’eux-mêmes«, 55% se sentir isolés, 46% avoir »moins envie de prendre soin« d’eux-mêmes. «Honte et isolement représentent mes émotions quotidiennes», écrit une personne privée d’emploi. «Je suis angoissée car je vis avec moins de 500 euros par mois avec des charges supérieures à mes revenus (RSA)», souligne une autre.

Et ces angoisses peuvent favoriser, ou faire reprendre, des addictions à l’alcool ou à la cigarette, dont les soins représentent ensuite un coût pour la santé publique. Ces constatations rejoignent celles présentées lors d’un colloque organisé par le Collectif national des Psychologues de Pôle emploi, le 11 octobre à Paris. «Le moment du licenciement est un événement psycho-traumatique en tant que tel, c’est-à-dire qui fragilise l’existence», y avait expliqué Michel Debout.

«Ce que l’on constate à Pôle emploi, lieu privilégié d’observation des évolutions du monde du travail, c’est la dégradation de la santé psychique des chômeurs», ajoutait Dominique Lhuilier, professeure au Cnam qui mène depuis plusieurs mois une enquête en Île-de-France et Nouvelle-Aquitaine. Les psychologues de Pôle emploi ont eux déploré ne pas être assez nombreux, insuffisamment autonomes par rapport aux conseillers, et en manque de bureaux assurant la confidentialité quand ils reçoivent les chômeurs.

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Obstacle supplémentaire: 38% des répondants de l’étude dévoilée mardi «déclarent avoir des problèmes de santé mais ne pas en parler à Pôle emploi». Ils sont 86% à juger que retrouver un emploi aura «un impact positif sur leur santé».

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