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Mal-être, anxiété, maladies… Comment en finir avec les tabous autour de la santé mentale

Mal-être, anxiété, maladies… Comment en finir avec les tabous autour de la santé mentale

“Ah bah non, je ne vais pas aller consulter un psy, je ne suis pas fou!” Cette phrase, nombre de ceux qui ont conseillé à un proche qui semblait être en difficulté de consulter l’ont entendue en réponse. Comme un argument ultime.

Pourtant tous les psys le diront: ils ne sont pas “dédiés” qu’à ceux qui souffrent d’une pathologie psychiatrique grave; ils ont quelque chose à apporter à quiconque ressent de l’angoisse, un mal-être, de l’anxiété…

Des situations auxquelles nous sommes tous confrontés un jour. Mais nous ne nous en remettons pas de la même façon. Malgré le fait que les difficultés psychologiques affectent une personne sur quatre au cours d’une année, la santé mentale demeure un tabou. Seul un individu sur deux ayant souffert a consulté. Sauf que cela signifie que pour l’autre moitié, le retour à la normale est plus long, plus complexe et les risques de rechuter plus importants. Dommage car il existe une multitude de solutions possibles… Seulement il est difficile de s’y retrouver [le sujet a été abordé lors du dernier congrès Neuroplanète organisé à Nice mi-mars par Le Point, NDLR].

Le psychiatre niçois Jérôme Palazzolo plaide évidemment pour une levée de ces tabous, “cela passe par l’information du grand public. On voit souvent des personnes consulter pour des problèmes physiques (maux de ventre, de dos, etc.). L’art du thérapeute est d’amener le patient de la rive physique à la rive psychique. Le praticien doit proposer d’élaborer des stratégies pour soigner la douleur somatique en prenant en compte l’éventuel problème psychique sous-jacent. Il est important de voir le patient dans sa globalité.”

Et le Pr Palazzolo de prendre un exemple marquant: “Récemment, j’ai reçu un jeune homme qui se plaignait de crises d’angoisse: il se sentait oppressé après le repas et quand il se couchait. Il avait pris des traitements anxiolytiques. Or il s’est avéré qu’il s’agissait d’un “simple” reflux gastro-œsophagien.”

De vraies maladies

Quoi qu’il en soit, si la Covid a accru les difficultés d’un certain nombre de personnes (en particulier l’anxiété, les consommations addictives, etc.), elle a peut-être un peu libéré la parole. Mais, insiste le psychiatre, “le plus important, c’est la communication. Il faut expliquer que les maladies psychiques sont de “vraies” maladies, qu’il faut donc les soigner. Par exemple, on peut dire à une personne qui souffre de dépression que ce n’est pas qu’elle ne veut pas faire les choses, c’est qu’elle ne le peut pas pour l’instant, mais qu’on peut l’aider à aller mieux. Une manière de lui montrer que l’on comprend sa souffrance et que l’on peut l’aider à la surmonter.”

40% n’osent pas parler

Mais manifestement, le chemin est encore long. Caroline Touizer, directrice du LAB Innovation Santé de Santéclair, rapporte une enquête réalisée auprès de 2.000 Français représentatifs de la population: “Plus de 8 personnes sur 10 se disent touchées par des problématiques de santé mentale. Et elles sont 2 sur 3 à dire que ça leur fait peur. Ce sujet est perçu sous le prisme de l’inquiétude: 40% n’osent pas en parler. Probablement parce que la société n’aime pas les “faibles”. Or quand on a des troubles psychologiques, on a l’impression d’être faible et l’on craint d’être rejeté. Le deuxième constat est lié à l’accès aux soins: les gens sont perdus. Plus d’un Français sur deux ne sait pas ce que font un psychiatre, un psychologue ou un psychothérapeute”. Pourtant les personnes qui sont en souffrance ont besoin de réponses suffisamment rapidement. L’errance thérapeutique peut faire perdre du temps (et de l’argent).

Force est de constater que la population s’adresse en premier lieu à son généraliste (à 80%). “C’est la raison pour laquelle la notion de réseau est importante, souligne le Pr Palazzolo. Que ce soit pour orienter le patient ou ses proches. Il peut par exemple m’arriver de conseiller à une personne que je suis d’emmener son enfant voir un psychologue. Il ne faut pas oublier tous ceux qui sont aux côtés des malades, quelle que soit la pathologie. Beaucoup d’aidants s’épuisent, ils doivent aussi penser à eux.”

Quant à la question du coût, cela dépend des praticiens. Les consultations psychiatriques sont prises en charge selon un barème par l’Assurance-maladie. Et les mutuelles proposent souvent des remboursements de psychothérapie, tout dépend du contrat, il faut se renseigner. Idem, depuis le début du mois d’avril, le dispositif “Mon psy” est entré en vigueur. Il est faillible mais a le mérite d’exister.

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