Blog

Innovation Santé

Aventure spatiale, Internet, santé : s’il n’y avait pas eu les boomers…

Aventure spatiale, Internet, santé : s’il n’y avait pas eu les boomers…

Ce 12 septembre 1962, John Fitzgerald Kennedy promet la Lune aux Américains. Devant 40 000 personnes réunies à l’université Rice, à Houston, il va imprimer un élan décisif à la génération dite du baby-boom, celle née entre 1945 et 1965. 

Les exégètes de JFK soulignent l’efficacité du message : il est simple (“Nous choisissons d’aller sur la Lune”), il fixe une date (“avant la fin de la décennie”) et porte une formidable dimension mobilisatrice avec un projet historique pour le pays, lorsqu’il assène : “Nous choisissons de faire cela et bien d’autres choses, non parce qu’elles sont faciles, mais bien parce qu’elles sont difficiles ; parce que cela nous permettra de déployer le meilleur de notre énergie et de notre talent.” Si l’impulsion donnée à la génération des boomers devait être ramenée à un instant-clef, ce serait sans doute le discours de Rice.  

En matière de défi technique, l’objectif fixé par JFK n’est pas exactement l’EPR de Flamanville. A cette époque, les Etats-Unis ont, en tout et pour tout, quinze minutes d’expérience en matière de vols spatiaux. Le terme “vol” est d’ailleurs exagéré puisqu’il s’agit d’une trajectoire balistique à bord d’un minuscule habitacle en aluminium. Il est d’ailleurs dénommé capsule par la NASA, là où les astronautes veulent y voir un spaceship (vaisseau spatial) ; ils menaceront de faire grève si celui-ci n’était pas doté d’un minuscule hublot, histoire de ne pas se sentir comme des rats de laboratoire et de pouvoir dire qu’ils avaient vu la Terre de là-haut.  

L'Express Abo

Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement

Les boomers, piliers de l’innovation

C’est peu dire que les scientifiques sont sceptiques face à cette idée folle. Peu de temps après le discours de JFK, Pierre Tardi, alors professeur de physique et d’astronomie à l’Ecole Polytechnique, “démontre” qu’il est impossible d’envoyer un homme sur la Lune, raconte avec amusement l’un de ses anciens élèves. Non seulement la vision de Kennedy allait se concrétiser en l’espace de seulement huit ans, mais l’optimisme et la confiance dont elle était porteuse allait donner lieu à l’une des plus prolifiques périodes d’innovation de l’Histoire, dont les boomers allaient être les artisans. 

L’effort implique 400 000 personnes réparties dans 20 000 entreprises et mobilise toute la recherche universitaire de l’époque. Les retombées sont innombrables : le microprocesseur (inventé en 1971), l’imagerie numérique, d’innombrables nouveaux matériaux, alliages et même textiles, les aliments déshydratés et même le velcro sont issus de l’aventure spatiale… L’effort de recherche va essaimer bien au-delà du secteur spatial avec des inventions comme le scanner médical (1972), ou l’ordinateur individuel au début des années 1970.  

D’illustres boomers marquent l’histoire de l’innovation. Dans son livre Outliers (Penguin éd.), le Canadien Malcolm Gladwell a même théorisé le fait d’être né “au bon moment”. Entre 1952 et 1955 naissent Bill Gates, Steve Jobs, Bill Joy (fondateur de Sun Microsystems, qui transforma les capacités de calcul et de simulation), Tim Berners-Lee (inventeur du World Wide Web) ou encore Eric Schmidt, sans qui Google serait probablement resté une lubie d’ingénieurs.  

Des époques interdépendantes

Au cours de la période 1975-2005 – qui correspond à la maturité intellectuelle des boomers -, plus de 100 000 brevets sont déposés aux Etats-Unis, soit deux fois plus que pour tout le siècle qui a précédé. Et cet élan s’est accéléré sous l’effet des tombereaux de financements privés, de l’immigration choisie, de l’envol des géants du numérique poussés par leurs formidables investissements en recherche et développement (Google dépense davantage en R&D que toute la recherche publique française). Conséquences : entre 2005 et aujourd’hui, 300 000 brevets ont été enregistrés, trois fois le volume de l’âge d’or des boomers.  

Pour Dennis Allison, professeur en sciences informatiques à Stanford (Californie), les deux époques sont en fait interdépendantes : “Les grands projets technologiques, scientifiques et industriels tels que le programme Apollo ont permis d’apprendre à mobiliser et à coordonner de vastes ressources humaines sur une période courte et sur des objectifs précis. Il est certain que cette capacité a joué un rôle essentiel dans l’émergence de grandes entreprises technologiques comme Amazon ou Google.”  

Logo L'Express

L’application L’Express

Pour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyez

Télécharger l'app

Télécharger l’app

Le retard européen en matière de tech s’explique-t-il par l’absence d’ambitions démesurées ? Possible. Mais les Etats-Unis ont aussi bénéficié d’un marché historiquement intégré et homogène. Si l’Europe parvient à développer le sien, alors son avenir est assuré. Car les sujets aux dimensions épiques ne manquent pas.  

Opinions

Chronique

Un satellite en orbite autour de la Terre. (Photo by SERGII IAREMENKO/SCIENCE PHOTO L / SIA / Science Photo Library via AFP)Stefan Barensky

Chronique

L'écrivain Christophe DonnerChristophe Donner

A lire absolument

Une illustration de Poutine aux côtés de Hitler et Staline photographiée dans un parc de Kiev. (Photo by Sergei SUPINSKY / AFP)François Roche

Chronique

Bureaux de Netflix à HollywoodFrédéric Filloux

Source