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Antibiorésistance : quel business model viable ?…

Antibiorésistance : quel business model viable ?…


Nos évènements 13/06/2022

La pandémie de Covid-19 a pointé l’urgence de mettre au point des traitements et vaccins contre les infections émergentes. L’occasion de relancer la lutte contre l’antibiorésistance. Mais pour cela, les intervenants de la deuxième table ronde du colloque de Pharmaceutiques sur les maladies infectieuses sont venus témoigner de la nécessaire construction d’un business model viable pour les industriels.

« Si la France a été proactive dans le lutte contre l’antibiorésistance avec la mise en place d’un système de surveillance des consommations d’antibiotiques et des résistances associées, il aurait fallu en tirer des conséquences plus tôt, pose d’emblée le Dr Jean Carlet, président d’honneur de l’Alliance contre le développement des bactéries multi-résistantes, et président de la task force ministérielle sur la protection des antibiotiques de 2015, en ouverture de la deuxième table-ronde du colloque de Pharmaceutiques dédié aux maladies infectieuses. Mais la crise du Covid-19 a permis une prise de conscience citoyenne sur la transmission microbienne, et l’antibiorésistance est aujourd’hui un sujet dont on peut parler », se félicite-il. Reste que le business model actuel, qui corrèle les revenus aux volumes de ventes, n’est pas incitatif pour l’investissement industriel. « La problématique de l’antibiorésistance est de financer le développement de nouveaux antibiotiques dont on va tout faire pour qu’ils soient peu utilisés », explique Pierre Dubois, professeur d’économie à la Toulouse School of Economics, qui observe ainsi depuis des décennies un tarissement du pipeline d’innovations dans ce secteur.

Des prix peu élevés, des quantités faibles

L’équation n’est pas rentable pour les industriels. Mais il y a urgence à agir, comme le souligne Philippe Lamoureux, directeur général du Leem et vice-président de l’IFPMA : « D’ici à 2050, l’antibiorésistance pourrait faire jusqu’à 10 millions de victimes par an et coûter jusqu’à 100 000 milliards de dollars à l’économie mondiale. » Il déplore que seuls 43 antibiotiques soient actuellement en développement dans le monde. « Parmi les industriels qui se sont risqués à développer des antibiotiques sur les dix dernières années, un tiers d’entre eux n’existent plus, se sont fait racheter ou ont dû changer de business model », pointe-il. Une prise de conscience s’opère et les choses évoluent. 23 sociétés pharmaceutiques, en collaboration avec la Banque européenne d’investissement (BEI), l’OMS et le Wellcome Trust, ont investi dans l’AMR-Action Fund porté par l’IFPMA. « Il s’agit d’un fonds doté de 1 milliard dollars qui a pour objectif de mettre au point, d’ici à 2030, deux à quatre nouveaux antibiotiques pour répondre à un problème de santé publique non satisfait », rapporte l’industriel. Après un appel d’offres et l’examen des candidatures par un jury, deux premiers projets ont été sélectionnés : Adaptive Phage Therapeutics (APT), qui met au point une bibliothèque de phages, et Venatorx Pharmaceuticals, qui développe des inhibiteurs de bêta-lactamines/bêta-lactamases ciblant les bactéries Gram négatives résistantes aux médicaments.

Adapter les modèles économiques

An Van Gerven, directrice de la division Hôpital de Pfizer France, abonde dans le sens d’une nécessaire innovation dans le domaine. Pfizer dispose de trois antibiotiques dans son pipeline, dont il souhaite mener les développements dans les cinq ans. « Le groupe noue également des alliances spécifiques, assure-t-elle. Les leviers sont ceux de la prévention de l’antibiorésistance via la mise en place d’outils de surveillance et de diagnostic, la promotion du bon usage, et l’utilisation de nouveaux modèles économiques. » « L’une des solutions est de supprimer le lien entre les revenus et les quantités de produits vendus », pose Pierre Dubois. C’est ce qu’on appelle le modèle de souscription, indépendant des consommations. « Il permet d’attirer les investissements industriels, mais cela coûte cher à mettre en œuvre », tempère-il. Une autre solution est celle du transfert des droits d’exclusivité du brevet d’un antimicrobien nouvellement approuvé à un autre produit déjà commercialisé, du portefeuille de l’industriel titulaire de l’AMM ou de celui d’un tiers, dans n’importe quelle aire thérapeutique. Des expérimentations qui doivent faire leurs preuves prochainement.

Juliette Badina

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