Une étude décode les impacts de l’IA en médecine Leave a comment

“L’intelligence artificielle est un sujet très présent dans la presse, les webinaires et autres colloques scientifiques. Mais il est en réalité assez peu abordé dans la littérature scientifique. En particulier lorsqu’il s’agit d’évaluer ses bénéfices qualitatifs et quantitatifs dans le système de soins”, constate Patrick Errard, président de l’association des laboratoires japonais présents en France (LaJaPF). Pour mieux comprendre ces bouleversements à venir, l’association a chargé IQVIA de mener une enquête inédite, à travers une méthode originale, qui combine revue littéraire, méthode de prévision Delphi (questionnaire experts utilisateurs et co-construction d’un modèle d’évaluation) et entretiens d’experts professionnels de santé.

Quatre applications d’intelligence artificielle, déjà utilisées au quotidien par les professionnels de santé, ont été analysées : Calyps Saniia, une solution d’anticipation par l’IA des flux entrants de patients à l’hôpital et des hospitalisations qui en découlent ; ART-Plan Annotate, un logiciel de contourage automatisé des tumeurs et des organes en radiothérapie ; OphtAI, un service de dépistage à grande échelle des maladies oculaires ; et enfin Moovcare, une web-application de suivi des patients atteints d’un cancer du poumon.

Démocratisation sanitaire

Loin de l’image d’une IA élitiste, prête à “déshumaniser” la médecine, l’étude dessine ainsi de véritables outils de démocratisation sanitaire. En effet, celle-ci améliore le parcours du patient dans sa prise en charge, mais aussi son vécu et sa qualité de vie, notamment son anxiété grâce à une meilleure communication. Moovcare se distingue ainsi avec une amélioration de la survie globale de 7,6 mois comparée à un suivi sans l’application. Les solutions d’IA ont aussi un impact fort sur la précocité et l’efficacité du dépistage et donc sur le pronostic des maladies concernées. « Le délai moyen pour qu’un patient puisse accéder à un dépistage oculaire serait entre un et deux mois avec OphtAI contre deux à quatre mois aujourd’hui. Un dépistage plus accessible et plus rapide permettrait de réduire le risque de complication grave de 40 % à 50 % en moyenne », note IQVIA.

Loin de l’image d’une IA élitiste, prête à “déshumaniser” la médecine, l’étude dessine de véritables outils de démocratisation sanitaire

Ses bénéfices économiques peuvent être très importants. En gérant en direct et en anticipant les flux de patients à l’hôpital, Calyps Saniia permettrait une économie annuelle de plus 1,3 milliard d’euros s’il était adopté par 44 % des principaux centres hospitaliers en France ! Autre leçon, l’impressionnant gain de temps permis dans certaines tâches, comme les procédures de contourage en radiothérapie, réduite de jusqu’à 90 % grâce à ART-Plan Annotate, par rapport à une méthode traditionnelle, sans aide digitale.

Un déploiement à anticiper

Toutefois, ces gains pour le système de santé ne sont pas garantis aujourd’hui. Des freins pèsent encore sur le déploiement des solutions d’IA. Les médecins et les industriels insistent par exemple sur les problèmes d’interopérabilité des systèmes d’information. Ils soulignent également l’importance d’une évaluation précise des solutions et de leur remboursement pour les patients. Patients, qui, de leur côté, veulent trouver leur place dès les phases précoces de développement des applications. “Toutes les applications développées sans les patients, alors qu’elles sont pour certaines utilisées conjointement par les professionnels de santé et les patients, sont des non-sens”, prévient Catherine Cerisey, co-fondatrice de Patients & Web.

Les défis sont posés. Et les solutions, à l’image de la stratégie Innovation santé 2030 présentée cet été par Emmanuel Macron, arrivent. “Reconnaître le besoin de changement et créer une vision innovatrice est très positif pour la France. Il faut engager dès aujourd’hui une réflexion sur l’usage du digital dans le système de santé pour favoriser son adaptation, mais s’assurer aussi d’avoir des logiciels adaptés à la pratique française. L’exercice médical français n’est pas celui des États-Unis et il faut s’emparer de ces questions immédiatement, avec le risque sinon de se voir imposer à l’avenir des outils qui ne correspondront pas forcément à la politique de santé française”, insiste Jean-Marc Aubert, président IQVIA France.

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