Sciences de la Vie: “on souffre d’un excès de zèle du principe de précaution” Leave a comment

Si la pandémie a permis de mettre sur le devant de la scène des BioTech en quête d’un vaccin ou d’un traitement contre le Covid-19 et poussé les investisseurs à flécher davantage de capitaux vers elles, le monde de la recherche et de l’innovation en santé souffre encore de nombreux freins qui empêche son plein développement. Explications avec Maryvonne Hiance, présidente du fonds de dotation Healthtech For Care et vice-présidente de la société de biotechnologies nantaise Ose Immunotherapeutics.

Deux ans après le début de la pandémie, qu’est-ce qui a changé pour le secteur de la recherche en santé?

On observe une plus grande visibilité des technologies de la santé. Avant le Covid, ce domaine effrayait car il est compliqué et que le développement de nouveaux produits prend du temps. Désormais, on se rend compte qu’il s’agit d’une activité essentielle pour l’Europe, d’avoir la science et d’être capable de transformer ces concepts en produits pour soigner tous les patients. On s’est rendu compte que les BioTech ont sauvé des vies avec les vaccins contre le Covid-19, cela s’est fait très rapidement. Avant le Covid, on n’entendait pas les dirigeants politiques dire : « la santé est une priorité » . Alors que maintenant c’est le cas. Il y a aussi eu le plan de relance de 7 milliards d’euros pour l’innovation en France. Ainsi que la création en Europe de l’organisme Hera (destiné à mieux préparer l’Europe à affronter de futures crises sanitaires, NDLR).

Malgré tout, vous estimez qu’il reste beaucoup à faire en France pour encourager l’innovation?

Il y a des fonds d’investissement qui ont été créés mais, comme on l’a vu dans le cadre de la pandémie, ce n’est pas vingt millions, mais 300, 500 millions d’euros qui sont nécessaires pour développer un produit de santé rapidement et pour qu’il parvienne jusqu’au patient. En France, quelques fonds se sont bien développés avec des montants raisonnables d’investissement. Bpifrance soutient aussi mais ça n’est pas suffisant pour financer tous les produits qui émergent de la science académique ou du monde des BioTech. HealthTech For Care a pour principale mission de faire que tous les concepts innovants de la santé puissent arriver au patient : cela passe par des financements mais aussi par le décloisonnement des parties administrative et réglementaire, qui sont beaucoup plus pesantes en France qu’en Allemagne, en Belgique ou en Espagne. En France, on souffre d’un excès de zèle du principe de précaution.

Où en est CoVepiT, le vaccin contre le Covid développé par Ose Immunotherapeutics, dont vous êtes la vice-présidente?

Notre essai clinique est toujours en cours. C’est long, nous avons arrêté pour observer les effets (Ose Immunotherapeutics avait suspendu son essai en juillet à cause de réactions lors de l’administration du vaccin, avant de publier en décembre de premiers résultats positifs, NDLR). Or, quand on s’arrête, on perd 6 à 9 mois. Mais il y aura bientôt un vaccin français sur le marché avec la BioTech Valneva. Il faut se souvenir que normalement, un médicament ou un vaccin, c’est 10 à 15 ans de développement. Aux États-Unis, la FDA (les autorités de santé américaine, NDLR) a accepté que les phases 1, 2 et 3 des essais cliniques soient réalisées en même temps. Il fallait 500 millions de dollars, et ils les ont mis. En France, personne n’a mis 500 millions. Si Valneva a été un peu plus rapide, c’est que les Britanniques ont investi dans leur vaccin. Le financement reste le nerf de la guerre. En fait, il faut qu’au niveau européen, on choisisse quelques technologies et qu’on mette le paquet.

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