Comment l’hôpital de Brest participe à l’émergence de MedTech locales Leave a comment

C’est la plus petite des métropoles françaises : 212 000 habitants. Brest a toujours pris le parti de tirer profit de cette spécificité, en encourageant les coopérations entre les différentes structures qui composent son territoire. La French Tech Brest+, reconnue Capitale French Tech en avril 2019, profite de cette dynamique pour permettre à ses startups de se développer.

Dernier exemple en date : la création par le Centre hospitalier régional universitaire (CHRU) local, en décembre 2021, d’un centre d’innovation dédié à la santé. Le W.Inn, c’est son nom, a vocation à permettre notamment aux MedTech de « tester leurs briques technologiques » au sein même de l’établissement de santé. « Il s’agit d’une des premières cellules d’innovation de CHU en France. Elle nous permettra de détecter des opportunités et de les transformer en un projet à structurer » , explique à Maddyness Adrien Bussard, coordinateur du W.Inn.

Lever les verrous à l’innovation en santé

Au W.Inn, les idées proviennent aussi bien des soignants que des étudiants, des étudiantes ou des startups déjà existantes sur le territoire. La structure a obtenu, à date, 526 000 euros de financement de la région Bretagne et la Coalition Next – une initiative portée par les CHRU de Brest et Nantes, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), le groupe Vivalto Santé, ainsi qu’un certain nombre de grands laboratoires pharmaceutiques, dans le but de lancer des appels à projets en e-santé – et du fonds de dotation Innoveo. Elle porte aujourd’hui 35 projets – dont 14 sont issus de startups et 3 sont déjà en cours d’évaluation clinique.

Encadré par deux experts, un médecin et un cadre supérieur de santé, Adrien Bussard se charge de nouer des partenariats d’open innovation avec des acteurs aussi divers que la région Bretagne, Bpifrance, le technopôle Brest-Iroise ou le Village by CA. « Au-delà de la question du financement, cela nous permet de proposer des animations mensuelles sur nos problématiques principales » , détaille-t-il. Démonstrations, formations, interventions : les projets accompagnés apprennent à « lever un à un les verrous » de l’innovation en santé.

Le lieu dédié est situé à quelques encablures du CHRU. Il vise à « faciliter les rencontres entre startups, ETI, étudiants, soignants, patients et ingénieurs » pour permettre à ces derniers de penser les solutions répondant le mieux aux besoins médicaux. « Cet espace comprend une salle dédiée au design thinking, un studio d’enregistrement et quatre locaux afin d’accueillir des jeunes pousses » , expose Adrien Bussard, qui souhaite équiper ces dernières de logiciels métiers. Deux formules existent. Certaines startups disposent de leurs propres locaux et profitent des installations du W.Inn un jour par semaine, à tour de rôle. D’autres, en amorçage, sont hébergées à temps complet. De quoi leur permettre de « se montrer aux médecins » , selon le coordinateur. Une démonstration qu’a précédemment faite Oxyledger, dont le système de traçabilité des dispositifs médicaux implantables a été éprouvé par l’hôpital de Brest.

Éprouver les solutions sur le terrain

La startup, qui a levé 1 million d’euros en novembre 2021, bénéficie pleinement de W.Inn. Cette structure « nous permet de rencontrer les différentes directions de l’hôpital et d’adapter le produit pour coller au plus près de chacun de leurs besoins » , explique Xavier Moal, directeur général d’Oxyledger, qui ambitionne déjà d’adapter la solution à d’autres établissements. La MedTech, hébergée à temps plein par le W.Inn et au capital de laquelle est entré le CHU de Brest, prévoit ainsi de lancer la production courant 2022.

Chutes, cris, vomissement… OSO-AI a, elle, conçu un système en mesure de détecter les situations de détresse à l’aide du bruit. Elle a aussi mis sa solution à l’épreuve au sein de quatre établissements dépendant du CHRU de Brest. « Il n’y a rien de tel que de pouvoir parler, pendant un service de nuit, avec des soignants pour appréhender leurs besoins. Cela permet d’itérer plus facilement pour développer la bonne solution » , explique Philippe Roguedas, directeur des opérations et co-fondateur de la startup, qui a levé 4 millions d’euros en septembre 2020.

Cette proximité entre MedTech et centre hospitalier a déjà fait ses preuves. Imascap, à l’origine d’un logiciel de chirurgie augmentée, est érigée au rang de success story par l’écosystème local. Rachetée 75,1 millions d’euros par l’Américain Wright Medical en 2017 – lui-même acquis en 2020 par l’équipementier médical américain Stryker –, la startup est restée fidèle à la Cité du Ponant pour poursuivre sa collaboration avec le CHRU visant à commercialiser d’ici à 2027 des prothèses de genoux connectées.

Le recrutement, un chantier majeur à mener

La French Tech Brest+ dénombre, à date, une trentaine de MedTech sur son territoire – sur les quelques 200 startups existant entre ses pôles de Brest, Lannion, Morlaix et Quimper. Le label Health Tech, qui certifie l’ambition de faire de la santé un moteur de développement, lui a été octroyé en 2017. « Ce secteur commence peu à peu à décoller, à Brest. Mais une problématique est régulièrement remontée par nos MedTech : la difficulté à recruter des profils qualifiés… ainsi qu’à les retenir » , expose Frédéric Nicolas, directeur général de la French Tech Brest+, estimant que le fait que le bassin d’emploi soit « moins dense » que celui d’autres métropoles tend à effrayer les candidats comme leurs conjoints.

Un défaut qui, paradoxalement, présente aussi l’avantage de limiter le turnover pour les startups. Et, selon une étude du technopôle Brest-Iroise, de l’Adeupa et ID2Santé réalisée en 2017, plus de 200 postes ont été créés dans la Health Tech sur le territoire en 15 ans.

Si les écoles d’ingénieurs ne manquent pas à la pointe bretonne, trop peu d’initiatives sont encore prises dans le but de retenir les étudiants à la fin de leur cursus, selon les startups. S’apprêtant à commercialiser d’ici la fin du premier trimestre 2022 la première version de son logiciel d’aide à la chirurgie interventionnelle par le biais de l’intelligence artificielle et de la réalité mixte, Intradys confie éprouver des difficultés à recruter ingénieurs et développeurs. « Nous sommes actuellement huit à travailler dans l’entreprise et nous voulons embaucher cinq personnes. Les étudiants ne sont pour la plupart pas Brestois, viennent ici du fait de la qualité des formations locales, et préfèrent rentrer au bercail une fois leur cursus achevé«  , observe Gwenaël Guillard, directeur général d’Intradys, appelant à mettre en place une stratégie commune pour les retenir dans la région brestoise. Un constat que partage OSO-AI, dont le co-fondateur Philippe Roguedas se réjouit tout de même que l’ouverture d’une école IA Microsoft à Brest permette de former un public plus local… et, donc, bien décidé à rester.

Pour autant, la santé est promise à un bel avenir dans le Finistère. Le département étant celui qui bénéficie de la plus grande façade maritime – 1400 kilomètres de côtes –, il compte un certain nombre d’OceanTech à même de mettre les ressources de la mer au service de la santé. L’initiative du W.Inn et, plus généralement, la coopération de longue date entre les différents acteurs du territoire en matière de MedTech s’inscrivent dans cette même lignée. Pour espérer réaliser une percée dans la Health Tech, la French Tech Brest+ pourrait être contrainte de devoir taper plus fort en misant sur un échelon d’action plus ambitieux : les Hôpitaux universitaires du Grand Ouest (Hugo). « Cette structure chapeaute non seulement le CHRU de Brest, mais aussi ceux de Rennes et Nantes. Ce qui représente un total de plusieurs millions de patients » , relève Xavier Moal d’Oxyledger. De quoi faciliter le recrutement de patients pour les études cliniques, mais aussi répondre à l’enjeu du recrutement en renforçant l’attractivité des startups locales auprès des talents d’envergure nationale.

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